
Dans le monde du travail, un grand nombre d’actifs ont un seul métier. Toutefois, celles et ceux qui additionnent les activités sont en net hausse. Leur nom ? Les slasheurs ! Le terme vient du “slash” (/) qui sépare plusieurs activités dans une même identité professionnelle. Vous pouvez ainsi être standardiste/photographe/formateur, etc. Selon les derniers chiffres sur le sujet, les slasheurs représentent environ 16 %* de la population active en France. Soit plus de 4,5* millions de personnes.
Ces travailleurs jonglent entre plusieurs métiers, parfois totalement différents, par choix pour 60% d’entre eux ou par nécessité. France Travail évoque également le phénomène du “slashing” comme une nouvelle manière d’envisager sa vie professionnelle : plurielle, évolutive, moins linéaire.
Mais derrière cette image séduisante d’équilibre et de liberté, se cachent de vraies questions de droit social. Peut-on cumuler plusieurs activités librement ? Existe-t-il des limites ? Quels risques en matière de loyauté ou de concurrence vis-à-vis de son employeur ? Et surtout : être slasheur expose-t-il davantage au travail en perruque ?
Chez NDP Avocats, nous constatons que le phénomène des slashers s’installe durablement. Il mérite donc une analyse juridique précise.
Qui sont les slashers ?
Un slasheur est une personne qui exerce simultanément plusieurs activités professionnelles distinctes. Il ne s’agit pas simplement d’avoir un emploi principal et un petit complément de revenu occasionnel. Le slasheur revendique une double, voire triple identité professionnelle.
Il peut s’agir :
- d’un salarié en CDI qui développe une activité indépendante en parallèle
- d’un freelance qui cumule plusieurs missions dans des domaines différents
- d’un salarié à temps partiel qui multiplie les projets créatifs
- d’un entrepreneur qui conserve une activité salariée pour sécuriser ses revenus.
Une étude de Freelance.com souligne d’ailleurs une augmentation constante des travailleurs indépendants en France et une hybridation croissante des statuts. La frontière entre salariat et indépendance devient plus poreuse. Autrement dit, le modèle du “métier unique pour la vie” s’effrite.
D’ailleurs, au sujet du métier unique pour la vie, France Travail précise sur son site : « En 2030, avec la digitalisation et la nomadisation des métiers, 60 % des compétences actuelles pourraient devenir obsolètes***. Les moins de 30 ans****, devraient exercer en moyenne 13 métiers dans leur vie, dont la plupart n’existent pas encore. L’agilité et la capacité à rebondir des « slasheurs » seront alors forcément une force. Et plus vous révélerez votre singularité, plus on viendra vous chercher précisément pour elle » .
Pourquoi ce phénomène explose-t-il ?
Plusieurs raisons expliquent l’essor des slasheurs.
D’abord, la quête de sens. Beaucoup souhaitent ne pas réduire leur identité à une seule fonction. Ensuite, la sécurisation financière. Multiplier les revenus permet de lisser les risques. Enfin, la digitalisation facilite le cumul d’activités : auto-entreprise, plateformes, télétravail.
France Travail parle d’un besoin d’équilibre entre passion et stabilité. Le slashing devient un mode d’organisation professionnelle assumé.
Mais attention : le droit, lui, n’a pas disparu pour autant !
Cumuler plusieurs activités : est-ce légal ?
En principe, oui. Un salarié peut cumuler plusieurs activités, à condition de respecter certaines règles.
- L’obligation de loyauté envers l’employeur. Même en dehors du temps de travail, un salarié ne peut exercer une activité concurrente susceptible de nuire à son entreprise.
- La clause d’exclusivité. Certains contrats de travail interdisent toute activité professionnelle parallèle. Cette clause est valable si elle est justifiée par l’intérêt de l’entreprise et proportionnée.
- La durée maximale du travail. Cumuler plusieurs emplois ne doit pas conduire à dépasser les plafonds légaux de temps de travail.
« Un slasheur salarié doit donc relire attentivement son contrat avant de se lancer ! » déclare Maître Jérôme Debeauce.
Le risque de concurrence déloyale
« Le danger juridique principal pour les slasheurs réside dans la concurrence. Si un salarié développe une activité indépendante dans le même secteur que son employeur, cela peut constituer une faute grave. Même sans clause spécifique, l’obligation de loyauté s’applique » ajoute notre avocat associé en droit social.
Maître Debeauce prend un exemple : « un développeur salarié qui crée sa propre agence sur son temps libre ? C’est possible… Mais attention, s’il démarche les clients de son employeur, la situation change radicalement ! » .
En clair : « chaque cas doit être analysé précisément » .
Slasheurs et travail en perruque : un terrain glissant
Autre point essentiel : le risque de travail en perruque.
Le travail en perruque consiste à utiliser le temps ou les moyens de l’employeur pour réaliser une activité personnelle. Nous avons déjà consacré trois articles à ce sujet sur le blog de NDP Avocats :
- Définition du travail en perruque
- Travail en perruque : légalité et éthique
- Les avantages (et limites) du travail en perruque
« Un salarié slasheur peut être tenté de répondre à un client personnel depuis son ordinateur professionnel, d’utiliser un logiciel payé par l’entreprise ou d’effectuer une mission parallèle pendant ses heures de travail. Dans ce cas, on bascule dans une zone à haut risque disciplinaire. Le phénomène des slasheurs augmente mécaniquement les situations ambiguës. Plus les activités se multiplient, plus la frontière entre sphère professionnelle et personnelle devient fragile » .
Salarié + micro-entrepreneur : quelles obligations ?
De nombreux slasheurs optent pour la micro-entreprise. Ce statut simplifié est attractif, mais il ne dispense pas du respect :
- des règles de non-concurrence
- des obligations déclaratives
- du respect du temps de travail maximal
Par ailleurs, l’administration fiscale et l’URSSAF peuvent s’intéresser à la cohérence des déclarations si les revenus s’entremêlent.
Enfin, un point souvent sous-estimé : la protection sociale. En cas d’accident, quelle activité est couverte ? Quelle assurance intervient ? Les régimes peuvent différer.
Entre indépendance et précarité
Il faut aussi poser la question sociale. Certains choisissent le slashing par passion. D’autres y sont contraints par des revenus insuffisants. Le cumul d’activités peut masquer une forme de fragilité économique. L’étude Freelance.com montre que si l’autonomie séduit, l’irrégularité des revenus reste une réalité.
En droit social, cette situation pose des questions sur :
- la protection contre le surmenage
- l’accès aux droits sociaux
- la cohérence des cotisations retraite
- le salariat déguisé quand une activité freelance ne répond qu’aux besoins d’un seul client
La liberté a un prix. Et parfois, elle fatigue.
Que doit faire un slasheur pour sécuriser sa situation ?
Quelques réflexes simples peuvent éviter bien des litiges :
- Relire son contrat de travail.
- Vérifier l’existence d’une clause d’exclusivité ou de non-concurrence.
- Informer son employeur en cas de doute.
- Séparer strictement les moyens professionnels et personnels.
- Respecter scrupuleusement le temps de travail légal.
En cas de conflit, les sanctions peuvent aller du simple avertissement au licenciement pour faute grave.
Entre évolution et adaptation du droit social
Selon Maître Debeauce : « le phénomène des slasheurs reflète une transformation profonde du monde du travail. Les carrières deviennent multiples, évolutives, hybrides. Le droit social doit s’adapter à ces trajectoires moins linéaires. Mais il ne disparaît pas. Être slasheur ne signifie pas être hors cadre juridique. Bien au contraire ! » .
les slasheurs ne sont pas hors la loi… mais ils doivent être vigilants
Le modèle des slasheurs séduit par sa liberté et sa créativité. Il répond à une aspiration moderne : ne pas se définir par un seul métier. Cependant, cumuler plusieurs activités suppose une rigueur juridique. Loyauté, non-concurrence, temps de travail, protection sociale : les règles restent pleinement applicables. Et plus les activités se multiplient, plus le risque de glisser vers le travail en perruque augmente.
Chez NDP Avocats, nous sommes convaincus que l’information claire et précise de vos droits est la clé d’une liberté professionnelle sécurisée. Vous êtes slasheur et vous avez un doute sur votre contrat ou vos obligations ? Mieux vaut poser la question avant qu’un contentieux n’éclate. Contactez-nous pour plus d’infos.